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EUDR et café : obligations de géolocalisation, déclaration de diligence raisonnée, risques pour les pays producteurs et impacts sur les prix au comptoir pour les professionnels du CHR.
EUDR et café : trois mois après l'entrée en vigueur, où en est la filière ?

Ce que change l’EUDR pour le café : preuves, données et conformité

L’application du règlement européen sur la déforestation importée (EUDR, Règlement (UE) 2023/1115 du Parlement européen et du Conseil du 31 mai 2023) place le café au cœur d’un nouveau cadre de conformité. Pour chaque lot mis sur le marché de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2025, les entreprises doivent désormais démontrer l’absence de déforestation et de dégradation des forêts après la date de référence du 31 décembre 2020 fixée par le texte. Cette évolution transforme la relation entre torréfacteurs, importateurs, coopératives et exploitations agricoles dans toutes les grandes régions productrices.

Concrètement, un opérateur qui importe des produits à base de café doit soumettre une déclaration de diligence raisonnée avant toute mise sur le marché de l’Union européenne. Cette déclaration de diligence inclut des données de géolocalisation parcellaire, des informations sur les exploitations agricoles et une évaluation structurée des risques de déforestation ou de dégradation des forêts associée à chaque lot. Sans ces données complètes, vérifiables et conservées dans le temps, aucun café ne peut légalement entrer sur le marché de l’Union européenne, ce qui renforce la traçabilité et la transparence de toute la chaîne d’approvisionnement.

Le règlement sur la déforestation impose aussi un système d’information centralisé géré par la Commission européenne, dans lequel les entreprises déposent leurs déclarations. Ce système d’information, décrit dans les actes d’exécution et les lignes directrices de la Commission publiées en 2023, permet aux autorités nationales de contrôler la conformité EUDR des produits café, mais aussi d’autres matières premières couvertes par le règlement. La mise en œuvre de ce dispositif, encore en phase de montée en puissance, reste un défi pour de nombreuses chaînes d’approvisionnement, en particulier lorsque les données de géolocalisation sont fragmentées ou inexistantes au niveau des exploitations.

Producteurs, pays fragiles et chaînes d’approvisionnement : où se situent les risques

La nouvelle réglementation européenne sur la déforestation place sous pression les pays producteurs de café les plus fragmentés. En Éthiopie ou au Honduras, la structure de petites exploitations agricoles dispersées complique la collecte de données de géolocalisation fiables pour chaque parcelle de café. Les coopératives locales doivent donc renforcer leurs systèmes d’information, standardiser leurs registres fonciers et formaliser leurs procédures de diligence raisonnée pour rester connectées aux chaînes d’approvisionnement européennes.

Les grandes entreprises intégrées, déjà habituées aux schémas de certification et aux audits, absorbent plus facilement les exigences du règlement européen. Elles disposent souvent d’équipes dédiées à l’évaluation des risques, capables de cartographier les chaînes d’approvisionnement et de documenter la conformité EUDR pour chaque origine. À l’inverse, de nombreuses petites coopératives peinent à financer la mise en œuvre de ces nouvelles obligations, ce qui crée un risque d’exclusion progressive du marché de l’Union européenne. Un responsable qualité de la coopérative Café de Marcala, au Honduras, résume ainsi la situation : « Nous avons la volonté de nous conformer, mais sans soutien technique et financier, nous ne pourrons pas suivre le rythme des grands exportateurs. »

Le règlement sur la déforestation prévoit aussi une gradation des contrôles selon le niveau de risques par pays, défini par la Commission européenne et validé par le Parlement européen. Les pays classés à risques élevés, comme certaines zones d’Amazonie ou d’Asie du Sud-Est, subissent davantage de contrôles sur leurs produits café, ce qui renforce la pression sur les exploitations agricoles et les chaînes d’approvisionnement locales. Dans ce contexte, l’approvisionnement raisonné et la sélection d’origines à risque standard ou faible deviennent des arguments stratégiques pour les torréfacteurs européens, qui cherchent à sécuriser leurs volumes tout en limitant les risques de non-conformité et de dégradation des forêts.

Impact au comptoir, prix et repères pour les professionnels du café

Pour les professionnels du CHR, l’EUDR appliqué au café se traduit déjà par des hausses de coûts administratifs chez les torréfacteurs. La collecte des données, la certification, l’évaluation des risques et la mise en conformité des chaînes d’approvisionnement génèrent des charges supplémentaires, même dans un contexte de surplus mondial estimé à plusieurs millions de sacs. D’après l’Organisation internationale du café, le rapport de marché Coffee Market Report de juillet 2023 évoque un excédent proche de 10 millions de sacs sur l’année d’entrée en vigueur, ce qui accentue la pression concurrentielle entre origines conformes.

Au comptoir, les prix du café peuvent légèrement augmenter, non pas à cause du prix brut du café vert, mais en raison de la diligence raisonnée et de la mise en œuvre des nouveaux systèmes d’information. Les torréfacteurs qui travaillent avec des coopératives bien structurées et des exploitations agricoles déjà engagées contre la déforestation limitent mieux ces surcoûts. À l’inverse, ceux qui dépendent de chaînes d’approvisionnement complexes ou mal documentées subissent davantage de risques de non-conformité, avec des lots parfois écartés du marché de l’Union européenne et des coûts de substitution qui finissent par se répercuter, au moins en partie, sur le prix de la tasse.

Pour un restaurateur ou un hôtelier, vérifier qu’un café respecte le règlement sur la déforestation et le règlement européen passe désormais par plusieurs indices concrets. Les emballages de produits café mettent de plus en plus en avant la conformité EUDR, parfois via un QR code renvoyant vers les données de géolocalisation et la déclaration de diligence associée au lot. À moyen terme, la Commission européenne et le marché européen devraient encourager des labels ou mentions harmonisées, afin que les professionnels puissent identifier rapidement les cafés alignés avec la réglementation européenne sur la déforestation importée et intégrer ces critères dans leurs appels d’offres ou leurs cartes boissons.

Données clés sur l’EUDR et le café

  • Application du règlement européen sur la déforestation importée au café à partir du 1er janvier 2025, avec obligation de prouver l’absence de déforestation après la date de référence du 31 décembre 2020.
  • Obligation de géolocalisation parcellaire pour chaque lot de café destiné au marché de l’Union européenne, avec intégration des données dans un système d’information géré par la Commission européenne et accessible aux autorités de contrôle.
  • Surplus mondial estimé à environ 10 millions de sacs de café sur l’année d’entrée en vigueur, d’après le Coffee Market Report de juillet 2023 publié par l’Organisation internationale du café, malgré le durcissement du cadre réglementaire européen.

Questions fréquentes sur l’EUDR et le café

Comment un torréfacteur prouve-t-il que son café est conforme à l’EUDR ?

Un torréfacteur doit déposer une déclaration de diligence raisonnée pour chaque lot de café mis sur le marché de l’Union européenne. Cette déclaration inclut les données de géolocalisation des parcelles, l’identification des exploitations agricoles et une évaluation documentée des risques de déforestation ou de dégradation des forêts, conformément aux lignes directrices publiées par la Commission européenne. Sans cette déclaration validée dans le système d’information européen, le café ne peut pas être commercialisé légalement dans l’Union européenne.

Pourquoi certains pays producteurs ont-ils plus de difficultés avec l’EUDR ?

Les pays où la production repose sur une multitude de petites exploitations agricoles dispersées disposent rarement de données de géolocalisation complètes. Les coopératives doivent donc construire presque de zéro des systèmes d’information et des procédures de diligence raisonnée, ce qui demande du temps, des compétences numériques et des investissements importants. Cette situation rend la conformité EUDR plus complexe pour des pays comme l’Éthiopie ou le Honduras, comparés à des origines où les chaînes d’approvisionnement sont plus structurées et déjà habituées aux audits de durabilité.

L’EUDR va-t-il faire fortement augmenter le prix du café au comptoir ?

Les coûts liés à la mise en œuvre du règlement sur la déforestation sont réels, mais ils restent pour l’instant limités par rapport au prix final de la tasse. Les hausses proviennent surtout de la collecte des données, de la certification et de la gestion des risques, pas du prix du café vert lui-même. Dans un contexte de surplus mondial et de concurrence accrue entre origines, la pression sur les prix compense en partie ces nouveaux coûts réglementaires, même si certains segments de cafés très tracés peuvent afficher un positionnement tarifaire plus élevé.

Comment un professionnel peut-il vérifier qu’un café respecte la réglementation européenne ?

Un professionnel peut demander à son torréfacteur la preuve de conformité EUDR, notamment la référence de la déclaration de diligence déposée dans le système d’information européen. De plus en plus de produits café affichent un QR code renvoyant vers des informations de traçabilité, incluant parfois les données de géolocalisation et les engagements contre la déforestation. À terme, des mentions harmonisées soutenues par la Commission européenne devraient faciliter la lecture de ces informations pour les acteurs du CHR et réduire l’asymétrie d’information entre fournisseurs et acheteurs.

Les petits producteurs sont-ils condamnés à sortir du marché européen ?

Les petits producteurs font face à un risque réel d’exclusion s’ils restent isolés, car la conformité EUDR exige des données et une organisation que seuls peuvent porter des acteurs collectifs. Les coopératives et les organisations de producteurs jouent un rôle clé pour mutualiser la collecte de données, la certification et l’évaluation des risques. Les politiques de la Commission européenne et du Parlement européen, ainsi que les engagements des torréfacteurs et des importateurs à soutenir des projets de cartographie et de formation, seront déterminants pour que ces producteurs restent présents sur le marché de l’Union européenne.

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